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Le F-35, bombe à retardement de Donald Trump

Publié par MaRichesse.Com sur 20 Février 2017, 20:00pm

Catégories : #TRUMP, #GUERRE, #ECONOMIE

Le F-35, bombe à retardement de Donald Trump

Elle frôle désormais les 400 milliards de dollars : la facture pour les États-Unis du développement et de l'acquisition de 2 400 avions F-35, des appareils furtifs multi-rôles de cinquième génération, ne cesse d'augmenter. Il s'agit du programme militaire le plus cher de l'histoire américaine : s'il est mené à son terme, au moins 1 500 milliards de dollars seront dépensés d'ici à son retrait du service en 2070. Il s'agit aussi du plus international : huit pays partenaires ont investi dès l'origine du projet, et d'autres les ont ensuite rejoints.

Mais cette belle histoire pourrait tourner au cauchemar : Donald Trump, exaspéré par les dépassements de budget, a menacé dès son élection de réduire drastiquement la commande américaine. Le 17 janvier 2017, alors qu'il n'avait pas encore prêté serment, il a téléphoné au responsable du programme F-35 au Pentagone en promettant de remettre à plat ce programme « hors de contrôle ». Un mois plus tard, le 17 février, il a déclaré lors d'une visite chez Boeing qu'il envisageait « une grosse commande de F-18 », anciens mais modernisés, en remplacement des très chers F-35 développés par Lockheed Martin. Même s'il s'agit peut-être d'une manœuvre pour mieux négocier le prix du F-35, les pays qui ont fait confiance au nouvel avion de l'Oncle Sam sont sous le choc.

Donald Trump ne peut pas tout annuler

Le président américain ne peut pas se désengager totalement du programme F-35, mais il peut renoncer à certaines commandes non encore passées, c'est-à-dire plusieurs centaines d'exemplaires. C'est pourquoi Donald Trump a demandé au Pentagone d'évaluer le Super Hornet, version modernisée du F-18 de McDonnell Douglas déjà en service, et notamment sa version la plus récente dite Advanced Super Hornet (F/A-18XT), dont la signature radar est fortement réduite et le système informatique, capable de réaliser des opérations complexes avec les armements les plus modernes.

 

Vue d'artiste du F/A-18XT, l'appareil modernisé qui pourrait remplacer une partie des F-35. © Boeing

 

 

« Si le président prend cette décision, les États-Unis vont passer une commande majeure de Super Hornet pour combler le vide capacitaire : cela concernerait au moins 96 appareils », nous explique Mark Bobbi, analyste chez IHS Jane's. « Toutefois, s'ils réduisent trop leurs commandes de F-35, le prix unitaire des appareils va tellement augmenter que cela tuera tout le programme », ajoute-t-il. Il s'agit donc de jouer finement pour diviser les dépenses sans tuer le F-35, voire Lockheed Martin dans son ensemble.

Un probable désastre pour les pays partenaires

Une réduction importante des commandes « serait un désastre pour Lockheed Martin et ses centaines de sous-traitants », selon Mark Bobbi. Non seulement l'industriel devrait renoncer à une grosse partie du contrat F-35, mais, en plus, le Pentagone choisirait un remplaçant low cost vendu par son concurrent Boeing, qui avait racheté en 1997 le constructeur du F-18, McDonnel Douglas. Boeing, dont l'un des patrons avait été invité par Donald Trump à assister à son appel téléphonique au responsable du programme F-35, pourrait alors savourer sa revanche : il avait perdu en 2001 la course face à Lockheed Martin pour le développement du nouveau chasseur furtif, nom de code Joint Strike Fighter (JSF). Le démonstrateur du F-35 (le X-35) avait alors été préféré au X-32 (photo) du constructeur de Seattle, reconnaissable à son entrée d'air en forme de bouche béante sous le cockpit.

 

Le prototype X-32 de Boeing. © Boeing

 

 

Pour les pays partenaires, dont le Royaume-Uni, l'Italie, les Pays-Bas, le Danemark ou encore Israël, un désengagement, même partiel, des États-Unis serait un cataclysme. « Les partenaires internationaux devraient alors considérer d'autres options, leurs commandes étant largement dépendantes d'un prix unitaire raisonnable », prévient Mark Bobbi. Certes, ce chiffre vient de passer sous la barre symbolique des 100 millions de dollars pour la version la moins chère, le F-35A, mais la facture a tellement augmenté depuis le début du programme en 1993 (le marché ayant été attribué en 2001) que les gouvernements sont suffisamment écœurés pour oublier toute considération diplomatique et claquer la porte sans états d'âme. D'ailleurs, nombreux sont ceux qui ont déjà réduit leurs commandes, et des discussions en coulisses auraient commencé avec les constructeurs du Rafale (Dassault), de l'Eurofighter (consortium) ou encore du Gripen (Saab), les trois avions « souverains » européens auxquels le programme F-35 a fait énormément de mal.

L'Italie exaspérée

L'ancien secrétaire d'État italien à la Défense Guido Crosetto, qui avait signé la commande avant de devenir patron de l'Association de l'industrie aéronautique italienne (AIAD), n'a pas mâché ses mots début février, accusant les Américains de « ne pas avoir tenu leurs promesses ». En cause, les retards et les dépassements de budget, mais aussi des retombées économiques largement inférieures à ce qui était prévu, la maintenance des appareils européens promise à l'Italie ayant été partiellement transférée aux Britanniques.

Chez les autres partenaires (Grande-Bretagne, Pays-Bas, Australie, Canada, Danemark, Norvège, Turquie, Israël, Singapour), des voix similaires commencent à s'élever, tout comme chez les pays potentiellement clients (Pologne, Belgique, Espagne, Finlande, Grèce, Roumanie, Arabie saoudite ou encore Émirats arabes unis).

Des problèmes techniques à répétition

Les États-Unis pourraient sortir de cet épisode avec une image de fiabilité et de sérieux fortement ternie : pas terrible, pour un vendeur d'armes... Si le programme F-35 était un fiasco, toute l'industrie militaire américaine pourrait donc trembler : la confiance serait rompue avec les partenaires internationaux, et de nouvelles amitiés se créeraient inévitablement avec des concurrents, via les contrats signés en remplacement.

L'avion n'a vraiment pas besoin de cela, après les très nombreux incidents techniques qui ont émaillé son développement : les 8 millions de lignes de code du système informatique de bord sont vulnérables aux cyberattaques et faisaient « planter » le radar, l'avion est mal protégé contre la foudre, les commandes de vol se montrent capricieuses lors de certaines phases d'attaque, tout comme le casque du pilote censé afficher des informations critiques dans sa visière, la soute à munitions s'échauffe à grande vitesse... En plus, la Chine est soupçonnée d'avoir volé les plans de l'avion et de connaître en détail les technologies de furtivité utilisées. Et, pour ne rien arranger, les coûts d'entretien sont décuplés par des composants qui s'usent beaucoup plus rapidement que prévu, des trains d'atterrissage aux systèmes de survie, en passant par les turbines du réacteur.

Lepoint

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