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Voici le meilleur scénario possible de la présidence Trump

Publié par MaRichesse.Com sur 22 Janvier 2017, 15:30pm

Catégories : #TRUMP, #FAITSDIVERS

Voici le meilleur scénario possible de la présidence Trump

Désolé, il ne prévoit pas sa destitution.

L’année écoulée fut sans doute la pire pour la démocratie libérale depuis les tréfonds de la Seconde Guerre mondiale. Lors de quasiment toutes les élections importantes, des populistes l’ont emporté en dénonçant l’ordre libéral. La Grande-Bretagne a voté pour le Brexit, les Philippines ont élu Rodrigo Dutertre et les États-Unis ont couronné Donald Trump. (Et puis il y a eu l’Italie, la Slovaquie, les élections régionales en Allemagne et bien d’autres.) A la fin de l’année 2016, cette suite de bouleversements était devenue si constante que l’on a fini par considérer comme une victoire la défaite de Norbert Hofer– dont le parti, ironiquement baptisé Parti de la Liberté, entretient des liens étroits avec le mouvement néo-nazi–, qui n’a finalement obtenu «que» 46% des voix lors de l’élection présidentielle en Autriche.

Il est tentant de tirer un message pessimiste de cette annus horribilis des démocraties libérales. Les populistes vont continuer sur leur lancée. De la même manière que l’élection de Trump et le Brexit apparaissaient impossibles en 2016, les grandes élections qui s’annoncent en 2017 pourraient nous réserver de tristes surprises. Angela Merkel, la dernière personne adulte dans la pièce, pourrait bien tomber en disgrâce. Geert Wilders, qui a proposé une interdiction du Coran, pourrait l’emporter aux Pays-Bas. Et Marine Le Pen, qui une fois élue s’allierait à la Russie et poserait ainsi une menace existentielle pour l’Union européenne, pourrait bien s’emparer de l’Élysée.

Tout cela est plausible. De trop nombreux politologues et éditorialistes semblent continuer de croire que nous vivons des temps ordinaires, durant lesquels les bascules politiques sont lentes, les électeurs rejettent toujours les candidats et les partis extrémistes. Mais l’année qui vient de s’écouler nous a montré que nous vivons des temps extraordinaires. Et il est possible que 2017 soit une année aussi amère que 2016.

 

Mais si une dose de pessimisme ne fait pas de mal, prédire que le pire est certain est aussi ridicule que faire preuve d’un optimisme béat. La vraie leçon à tirer de ces très déplaisantes surprises de 2016, ça n’est pas que le populisme gagne toujours ou que la bienséance est toujours vaincue; c’est que le champ des possibles s’est considérablement ouvert.

Vaste champ des possibles

Dans cette nouvelle ère de fluidité politique, des résultats très négatifs comme la victoire de populistes d’extrême-droite sont devenus plus probable. Mais d’autres surprises sont également devenues possibles. Et 2017 pourrait donc fort bien être l’année de la victoire choc en France d’Emmanuel Macron, centriste affiché, d’une coalition d’extrême-gauche en Allemagne ou de la réélection dans un fauteuil de l’actuelle majorité aux Pays-Bas.

Il en va de même aux États-Unis. J’ai déjà écrit que de trop nombreuses personnes prennent à la légère le danger d’une présidence Trump et, de fait, la menace existentielle qu’elle fait peser sur la démocratie en Amérique. Il serait donc facile d’en conclure que je suis un pessimiste convaincu, absolument certain que Trump va causer des dommages graves et durables au corps politique de ce pays. Cela n’est pourtant pas ce que je pense. Au lieu de partir du principe que le pire va se produire –ou qu’un autre résultat va se produire–, je crois plutôt que le spectre des possibles est énorme. Certains possibles sont très pessimistes, d’autres très optimistes, et tous font partie de ce vaste champ des possibles.

 

 

 

Alors oui, il existe un risque que Trump marque le début de la fin de la démocratie américaine. Et oui, il y a des chances que Trump fasse du tort à la république et de manière durable. Mais il y a aussi des chances que cette histoire terrible se termine bien.

À quoi pourrait ressembler cette belle fin? J’ai globalement abandonné tout espoir de voir Trump changer sa manière de faire une fois au pouvoir. Je ne crois pas qu’une procédure de destitution serait particulièrement souhaitable, car les divisions politiques actuelles de l’Amérique ne feraient que se renforcer. Et je ne crois pas davantage qu’une victoire étroite d’un candidat démocrate en 2020, remportée en rassemblant la coalition d'Obama avec un peu plus de chance qu’Hillary Clinton ne l’a fait en 2016, pourra nous aider à éviter l’obstacle que représente une droite ethnocentrique: tant que la principale ligne de division de la politique américaine demeure ethnique plutôt qu’économique, la faille qui sépare les deux partie du pays ne fera que s’agrandir et les allusions racistes continueront de constituer un élément-clef de la vie politique de ce pays.

Voici donc le plus plausible des scenarios optimistes, qui demeure encore aujourd’hui très peu probable et qui n’est pas sans à-côtés détestables: Trump va continuer de fanfaronner et de se mettre en colère, de changer d’avis chaque jour que Dieu fait sur toutes les grandes questions intérieures ou internationales et même se rapprocher de dictateurs étrangers.

Immense impopularité

Au départ, son souhait de continuer sur le chemin tracé brutalement durant sa campagne une fois arrivé dans le Bureau ovale sera sans doute très bien perçu. Les réductions d’impôts donneront certainement un petit coup de pouce à l’économie et une série d’accords avec des puissances étrangères comme la Russie donneront à Trump l’image d’un dirigeant qui pèse sur la scène internationale.

Mais bien vite, le coût réel de ses politiques à courte vue va se manifester. Trump se rendra compte que changer d’avis sur les politiques publiques quand on est en campagne ne coûte généralement pas grand-chose, mais que faire de même lorsque l’on est au pouvoir complique la tâche pour qui veut s’asseoir sur une majorité stable pour que les choses soient faites. Il réalisera bientôt que les réductions d’impôts, après avoir occasionné un léger redécollage, sont coûteuses sur le long terme. Il se rendra compte qu’avoir négocié un accord avec Poutine peut vous donner une image de fermeté lorsqu’on lui serre la main, mais qu’elle vous affaiblit quand ce dernier se met à s’attaquer impunément aux intérêts américains. Il se rendra compte que l’incompétence et le népotisme sont tolérés quand ils demeurent abstraits –mais qu’ils peuvent vous porter un coup fatal si les électeurs vous tiennent pour incapable d’apporter une réponse adaptée après des inondations ou un ouragan.

Si les choses tournaient mal pour Trump, il ne fait hélas guère de doute qu’il renforcerait sa position anti-immigrés: il se remettrait à traiter tous les Mexicains de violeurs. Son programme chaotique d’expulsion des immigrants sans papiers va certainement être rabâché et rabâché à l’envi. Et puis, à un moment donné, quelque chose va se casser. Même les partisans de Trump vont cesser de tenir ses diatribes anti-immigrés pour une forme d’authenticité rafraîchissante, son népotisme pour une forme amusante d’affirmation de soi et sa proximité avec les dictateurs comme la preuve de son réalisme. Les Américains, dans leur ensemble, vont alors commencer à réaliser qu’il a rabaissé la stature des États-Unis dans le monde. Ils vont se rendre compte que l’incompétence et les conflits d’intérêt n’ont rien de séduisant quand ils ont pour conséquence l’incapacité du gouvernement à prendre les décisions qui conviennent en un moment de crise. Et ils seront certainement révoltés à l’idée de faire preuve d’encore plus de cruauté à l’égard des Latinos, des musulmans et des Noirs.

Faisant face à l’immense impopularité de Trump, les dirigeants du Parti républicain pourraient soudainement avoir le courage de leurs opinions. Affirmant qu’ils ont toujours considéré comme désastreux son manque de patriotisme, ses nombreux conflits d’intérêt ou ses propos racistes, ils invoqueront les nobles principes sur lesquels ils avaient pourtant décidé de s’asseoir joyeusement quelques mois auparavant. Après avoir passé des années à attiser le monstre du racisme un jour pour tenter ensuite de le maîtriser le lendemain, ils pourraient même rompre avec la politique des petits sous-entendus racistes.

En 2020, avec un Trump spectaculairement impopulaire, les hautes autorités du parti démocrate opteront pour un candidat sûr et qui permet de réunir assez de monde pour l’emporter dans les groupes démographiques clé. Mais la base réalise qu’il n’est pas facile de se faire élire en se contentant de dire que le président est ignoble. Au lieu de cela, elle s’agrège autour d’un jeune candidat charismatique qui propose une vision ambitieuse de la manière dont le gouvernement pourrait améliorer la vie des Américains. S’inspirant de la campagne d’Obama et désavouant la stratégie de Clinton, ce candidat décide, non pas de s’appuyer sur une coalition étroite, mais sur la nation dans son ensemble. De très nombreux Républicains modérés désavouant Trump, il remporte l’élection haut la main.

Un autre Parti républicain au pouvoir

Il serait tentant d’arrêter ce scénario optimiste ici. Mais pour avoir vraiment confiance dans le futur, il faut aller encore plus loin dans le rêve: en 2024 ou en 2028, le Parti républicain revient au pouvoir. Un nouveau parti. Qui a banni l’alt-right. Qui ne fait plus campagne sur les oppositions entre les blancs et les autres. Et bien qu’il soit porteur d’une vision économique très différente pour le pays –et avec laquelle je serais très probablement en profond désaccord–, ce parti parvient, non sans peine, à intégrer ce fait majeur: mieux vaut nous unir que nous diviser.

Est-ce que ce que je viens de raconter est réaliste? Est-ce que les partisans de Trump vont vraiment lui tourner le dos à ce point? Les Démocrates peuvent-ils se trouver un candidat charismatique avec une vision pour l’avenir? Et les Républicains peuvent-ils enfin abandonner ce racisme subliminal qui définit leur stratégie électorale depuis des décennies?

Je n’en sais rien. Mais si nous devons naturellement songer aux scénarios les plus pessimistes afin d’imaginer quoi faire, il est également bon d’envisager les scénarios les plus optimistes afin de savoir pour quoi nous nous battons. En fait, imaginer le meilleur des scénarios m’a déjà enseigné une leçon importante: battre Trump ne suffira pas. Pour neutraliser la menace plus vaste qui pèse sur la démocratie libérale, nous devons créer la plus large coalition possible contre ce genre de politique –et commencer à nous demander comment construire un système politique plus sain sur les cendres de sa présidence.

Slate

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