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Une primaire, pour en faire quoi ?

Publié par MaRichesse.Com sur 16 Janvier 2017, 14:30pm

Catégories : #POLITIQUE, #FRANCE

Une primaire, pour en faire quoi ?

Et si la primaire de la «Belle Alliance populaire» était un succès ? Des débats de fond, peu de petites phrases et des échanges entre les sept candidats - notamment les quatre anciens ministres socialistes - qui n’ont jusque-là pas à faire rougir le parti à la rose. Si cette primaire semble intéresser davantage qu’il y a encore quelques semaines - alors que les chances de victoire finale pour celui qui portera les couleurs de la Belle Alliance populaire au printemps n’ont pas augmenté -, c’est aussi parce que chacun en a saisi l’enjeu : déterminer le centre de gravité de l’après-Hollande. Après le 29 janvier, date du second tour, il sera alors temps de faire les comptes. Et d’ajuster la meilleure stratégie pour peser, à la présidentielle puis aux législatives.

Une primaire libérée de Hollande

En renonçant à une nouvelle candidature, François Hollande a changé la face de la primaire. Lui candidat, Manuel Valls et Vincent Peillon n’auraient pas été là, mais surtout les débats se seraient déroulés avec un œil sur le rétroviseur, pour revisiter le quinquennat et non explorer les projets. «Hollande nous rend un fier service. S’il avait été là, on ne se serait pas tournés vers l’avenir», estime Benoît Hamon, dont la candidature aurait eu beaucoup de mal à éclore si le chef de l’Etat avait concouru. «L’intérêt de son retrait, c’est que nous pouvons dire nos convictions sans être englués dans le procès du bilan», se félicite de son côté Vincent Peillon, qui ne rate cependant pas une occasion pour flinguer Hollande et son héritage. Beaucoup ont mis les flottements de la campagne d’Arnaud Montebourg en décembre sur le compte de l’absence de François Hollande. «Arnaud a perdu son meilleur adversaire», raillait un dirigeant socialiste avant les fêtes. L’ancien ministre de l’Economie dément évidemment avoir préparé une campagne exclusivement punching-ball et s’enorgueillit d’avoir mis la relance écologique ou la Sécurité sociale professionnelle au cœur des débats.

De son côté, même rangé des voitures, Hollande ne perd aucune miette de la primaire, même s’il n’est pas toujours devant sa télé, et ne se prive pas de vacheries sur ses camarades. Pour le Président, il n’y a «pas d’effet Valls», il ne «croit pas à Peillon» et pour lui, Hamon est «peut-être cohérent mais ne sera jamais majoritaire». En fait, le chef de l’Etat a déjà les yeux braqués sur l’après-29 janvier. «La primaire ne suffit pas, c’est ça le sujet», confie le chef de l’Etat, qui appelle encore et toujours la gauche au «sursaut» et au «rassemblement». Selon un proche, «Hollande ne voit pas la gauche réformiste prendre le risque de faire élire Fillon». Un vœu pieux ?

Une primaire qui parle du fond

Hollande hors jeu et la politique ayant horreur du vide, l’espace s’est libéré pour que chaque candidat investisse le débat sur le fond. Et dans ces conditions, une primaire vous ramène sur vos bases. A savoir, pour la gauche : l’économique et le social. A ce jeu-là, c’est Benoît Hamon qui a pris la main. Profitant du retard de Peillon et Valls d’un côté, et des difficultés de positionnement de Montebourg de l’autre, c’est lui qui a imposé le thème autour duquel s’est structuré le début de cette primaire : le revenu universel. Et voilà ses camarades contraints de devoir contre-attaquer. Valls dénonce «assistanat» et «farniente», Montebourg l’accuse de «baisser les bras sur la lutte contre le chômage» et Peillon critique le coût («400 milliards d’euros») d’une telle mesure. «Pour nous, c’est une première victoire d’avoir imposé le thème du revenu universel, se félicite Hamon auprès de Libération. Grâce à nous, on parle travail et pas burkini.» Plus que du «burkini», dans le camp Valls, on souhaitait, au départ, orienter la primaire sur les questions régaliennes, le «plus» de l’ex-Premier ministre. Son équipe a insisté pour que ces thèmes soient présents à chacun des trois débats télévisés. Mais finalement, le retour de la question sociale permet aussi à l’ancien chef de gouvernement de donner du contenu à la seconde partie de son slogan («Une France juste») et démontrer que son programme vise les classes populaires dans la continuité de ses deux ans à Matignon : baisses d’impôts, «revenu décent», pouvoir d’achat… Dans cette fin de campagne, chaque candidat espère profiter de thèmes différents. Montebourg et Hamon avec l’écologie ou la santé. Peillon sur l’Europe. Des sujets qui devraient permettre d’esquisser les contours d’un rassemblement. Plus facile que sur les questions économiques et sociales ou d’identité qui n’ont cessé de diviser la majorité.

Une primaire prise en étau

Borduré à gauche par «l’humanisme émancipateur» d’un Jean-Luc Mélenchon plus vert que jamais et au centre gauche par le libéralisme ouvert d’un Emmanuel Macron qui séduit jusqu’à droite, de quel espace électoral pourra donc disposer le candidat qui l’emportera le 29 janvier ? D’autant que, quel que soit le vainqueur, celui-ci semble pour l’instant incapable de passer le cap du premier tour de la présidentielle. Le renoncement de François Hollande n’y a rien changé. Etude d’opinions après étude d’opinions, c’est la question du vote utile pour la gauche en 2017 qui s’installe. Sera-t-il socialiste comme cela a été le cas ces dernières décennies ? En faveur du candidat de la France insoumise, qui n’hésite plus à juger «inutile» une candidature socialiste ? Où bénéficiera-t-il en premier lieu au leader d’En marche, le seul qu’un sondage a qualifié pour le second tour ?

Du niveau de la participation à la primaire dépendra la capacité de son vainqueur à installer un rapport de force ou un dialogue avec Macron ou, ce qui paraît plus hypothétique, Mélenchon. «Le principal enjeu, c’est de sortir forts pour remonter le retard que nous avons sur Macron. C’est la seule question qui se pose», confie un hollandais non aligné. Les indicateurs fragiles dont disposent les socialistes laissent entrevoir une fourchette de participation de 1,9 à 3 millions de personnes, loin des sombres pronostics de ces derniers mois. L’audience du premier débat (3,9 millions de téléspectateurs sur TF1) a aussi un peu rassuré sur l’intérêt des Français pour ces échanges entre anciens ministres de Hollande.

Sur l’après-29 janvier, les stratégies divergent. Pour Valls, pas question de se laisser enfermer dans un tel questionnement. S’il est candidat, qu’on se le dise, c’est pour être au second tour de la présidentielle et l’emporter face à François Fillon. On peine donc à comprendre comment il compte s’y prendre une fois la primaire terminée. Arnaud Montebourg souligne, lui, qu’une victoire à la primaire avec la participation de millions de Français lui donnerait un «mandat» pour parler avec Macron comme Mélenchon mais aussi l’écolo Yannick Jadot. Le tout avec une «responsabilité collective face à la falaise de l’histoire». Benoît Hamon et Vincent Peillon partagent cette perspective de discussion à gauche, le premier étant le seul à affirmer qu’il ne fait pas du rassemblement derrière lui un «préalable».

Pendant ce temps, Mélenchon prospère (un peu). Mais surtout, Macron trace sa route en engrangeant les soutiens et les sondages positifs, et en remplissant les salles (lire page 5). Alors que le soutien de Ségolène Royal après la primaire semble se préciser un peu plus chaque jour, dimanche c’est le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault qui a semblé, lui aussi, faire un pas vers l’ex-ministre de l’Economie.

Sous cette double pression, le PS est donc confronté à un risque aussi évident qu’inédit de marginalisation. Dans ces conditions, le principal danger pour la primaire est bien d’apparaître comme une sélection du prochain premier secrétaire et non du possible vainqueur de la présidentielle.

liberation

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