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La fabuleuse histoire de la languette de canette de soda

Publié par MaRichesse.Com sur 9 Janvier 2017, 19:37pm

Catégories : #FAITSDIVERS

La fabuleuse histoire de la languette de canette de soda

Le mécanisme d'ouverture des canettes en aluminium n'a pas toujours été aussi simple et respectueux de l'environnement qu'aujourd'hui.

Enfant des années 1970, j’ai un souvenir étrange et particulier des paysages dans lesquels j’ai grandi: ils étaient jonchés d’un métal luisant. Malheureusement, il ne s’agissait pas de l’or de l’Eldorado mais des déchets de la société de consommation. Je veux parler des capsules de canettes en aluminium.

Si, comme le veut la croyance populaire, on n’est jamais à plus d’un mètre d’une araignée, il fut une époque où ces petits bouts de métal (constitués d’un anneau attaché à une «languette», partie jetable du mécanisme alors utilisé pour ouvrir les canettes de bière ou de soda) ne semblaient jamais loin non plus: jalonnant les terrains de sport, rassemblés dans un coin du parking de l’épicerie, nichés entre les sièges de la voiture, portés en collier par la grande sœur baba cool de votre meilleur ami…

Dans War Games, lorsque Matthew Broderick cherche à pirater une cabine téléphonique, il n’a pas à chercher bien loin l’outil nécessaire à son forfait: il le trouve juste à ses pieds.

On a dit que le sable des plages du débarquement en Normandie serait constitué à 4% de fragments d’obus. Les plages de Floride ont facilement dû recevoir à peu près la même quantité de résidus de capsules, comme en attestent les réactions frustrées des retraités hivernants (les «snowbirds») penchés sur leurs détecteurs de métaux.

Dans son tube Margaritaville, emblématique de ce style de vie, Jimmy Buffett chante qu’il a cassé sa tong et qu’il s’est coupé le pied en marchant sur une capsule de canette. C’était loin d’être un cas isolé: en 1976, dans un reportage sur la plage de Rockaway, le New York Times rapportait qu’un grand nombre des blessures survenant sur la plage était dû «à des opercules de canettes jetés dans le sable».

Que faire de la languette amovible?

 

Il y avait un problème inhérent aux emballages portables en plusieurs parties: que faire du mécanisme d’ouverture, si capital avant la dite ouverture, mais si inutile (et dangereux) une fois la canette ouverte? Le plus souvent, les gens se contentaient de le jeter n’importe où. Une autre solution consistait à mettre la capsule dans la canette. Moins nuisible à l’environnement, ce geste n’était toutefois pas sans danger.

Comme le faisait remarquer un article publié dans le Journal of the American Medical Association, en trois ans à peine, les médecins américains avaient recensé pas moins de sept enfants «traités pour des complications faisant suite à l’ingestion ou à l’aspiration d’opercules de canettes en aluminium».

L’un des plus gros problèmes avec l’aluminium est qu’il n’est pas détecté par les rayons X, d’où l’apparition dans des revues comme Pediatric Emergency Care («Soins pédiatriques d’urgence») d’articles aux titres évocateurs, comme «Capsule de Coca avalée: est-elle restée coincée dans l’œsophage?»

À vrai dire, c’est lors d’une conférence de radiologues en 1974 qu’un médecin baptisé Lee Rogers (qui avait avalé par inadvertance une capsule de canette lors d’un match de basket), introduisit auprès du monde médical l’idée du risque représenté par l’opercule en aluminium. Et c’est à cette simple présentation que l’on doit la révolution du design de nos canettes.

Comme cela est décrit dans l’American Journal of Roentgenology, la présentation de Rogers déclencha une véritable croisade médiatique, avec plus de 400 journaux qui reprirent l’affaire (le journal note aussi que Rogers eut des retours négatifs de la part des fabricants de boissons, assez réticents à l’idée d’une opération couteuse de remplacement d’une technologie par ailleurs efficace).

 

 

 

«Les capsules en aluminium font aujourd’hui partie intégrante de notre environnement et représentent une menace inévitable lorsqu’ils se transforment en éléments étrangers dans l’œsophage», prévenait le Journal of Pediatrics en 1978, avec une rhétorique digne d’un dossier du FBI durant la guerre froide.

L'anneau à tirer

Menace pour l’environnement autant que pour les enfants, les opercules de canettes étaient condamnés à provoquer le courroux du public. La quête d’un nouveau système était en marche.

L’ironie de la chose est que l’ouverture par anneau à tirer, apparue une décennie à peine auparavant, avait été saluée lors de sa sortie comme une solution remarquable à un problème ancestral.

Comme l’a dit son inventeur, un fabricant d’outils de l’Ohio du nom d’Ermal Fraze:

«Ce n’est pas moi qui ai inventé la boîte facile à ouvrir. C’est quelque chose sur lequel des gens travaillaient depuis 1800. Moi, j’ai juste réussi à trouver le moyen d’accrocher un anneau au sommet de la boîte».

Avant l’invention de Fraze, il fallait pour ouvrir les canettes (qu’elles soient en acier ou en aluminium) utiliser un ouvre-boîte particulier, baptisé «church key». Dans The Evolution of Useful Things, Henry Petroski  raconte que c’est en 1956 que Fraze eut l’idée de son invention.

Taraudé par la soif à un pique-nique familial, où il y avait «plein de bières, mais pas d’ouvre-boîte», il dut se résoudre à utiliser le pare-choc de sa voiture pour s’ouvrir une canette. Après une nuit d’insomnie et un tour à son établi, il tenait son concept. Comme le décrit Petroski, l’aspect technique était particulièrement délicat (il fallait un opercule assez facile à retirer tout en résistant à la pression intérieure de la canette):

«Les premières capsules explosaient prématurément, ce qui conduisit Fraze et d’autres inventeurs à chercher un moyen pour que la première giclée de gaz s’échappe sans dommage à l’ouverture.»

Mais dix ans plus tard, la solution était devenue un problème et tout le monde se mit à chercher un meilleur système. Au début des années 1970, Coors avait lancé une canette étrange à deux ouvertures (la première était une petite valve permettant de libérer la pression et la seconde, plus grande, permettait de boire).

Comme la bière Coors elle-même, qui avait un certain attrait exotique pour un habitant du Midwest, la «press tab» (comme la brasserie avait baptisée cette capsule sur laquelle il fallait appuyer et non tirer) présentait l’attrait de la nouveauté; un attrait qui disparut rapidement lorsque les consommateurs (notamment ceux qui en avaient déjà bu quatre ou cinq) essayèrent de retirer leur doigt de la plus petite ouverture aux bords coupants.

L'Envir-o-can et les autres

Mais Coors ne fut pas la seule entreprise à innover. Le site Rustycans.com rappelle ainsi:

«Crown, Cork & Seal avait essayé un couvercle que l’on pressait pour faire glisser une capsule sur le côté et laisser un trou dans le couvercle. L’“Envir-o-can” de Continental s’ouvrait quant à elle en tirant une lamelle de métal au sommet de la boîte, qui laissait apparaître plusieurs petits trous permettant de servir la bière

 

La solution vint de Daniel F. Cudzik, un ingénieur de Reynolds Metals, qui travaillait depuis des années sur ce qui allait devenir le «Sta-Tab»*. Comme Cudzik l’a dit à Studio 360, sa recherche d’une ouverture «plus pratique et faisant moins de déchets» porta ses fruits un soir, alors qu’il était dans le salon «en train de regarder vaguement la télévision». Si l’idée peut aujourd’hui sembler simple aux consommateurs qui n’ont jamais connu rien d’autre, elle était en fait très complexe à mettre en place sur le plan technique (et a entraîné quelques batailles juridiques, suite à des accusations de violation de brevet).

Cudzik décrit ainsi le problème dans sa demande de brevet de 1975:

«Le système d’ouverture de l’invention nécessite un opercule qui puisse résister au pliage transversal tout en étant assez flexible et solide au point de contact avec l’anneau, afin de pouvoir soulever puis rétracter ce dernier sans risque de fissuration par fatigue à la jonction.»

Comme le démontre élégamment cette vidéo, le mécanisme fonctionne, à différents stades de l’ouverture, d’abord comme un «levier de seconde classe», puis comme un «levier de première classe» (le point d’appui change de place) en utilisant la pression inhérente à la boisson pétillante contenue à l’intérieur.

Les premiers pas de la Sta-Tab

Lorsque le Sta-Tab fut lancé en 1975, d’abord sur la bière Falls City puis rapidement sur d’autres boissons, cela supposa une certaine période d’adaptation pour les consommateurs. Un phénomène décrit par le New York Times en 1976:

«Les New-Yorkais font désormais face à un nouveau problème: comment ouvrir les nouvelles canettes de Coca-Cola vendues actuellement dans les rues de la ville?»

Mais le Sta-Tab était parti pour durer. Du point de vue des déchets, les conséquences ont été claires: Petroski remarque, cette fois-ci dans Invention by Design, que durant les 16 années qui ont suivi le brevet de Cudzik, «les anneaux non jetables ont représenté à eux seuls plus de 4 millions de tonnes d’aluminium récupérées et recyclées au lieu d’être jetées dans la nature».

Mais étonnamment, le problème des anneaux ingérés n’a pas disparu pour autant: en 2010, un article publié dans Pediatric Radiology affirmait que l’on avait recensé dans un seul hôpital pour enfants pas moins de 19 cas d’ingestion accidentelle (en sachant que la majorité échappent aux examens radiographiques). Il y a aussi autre chose qui n’a pas changé, c’est tout l’art et l’artisanat lié aux capsules de soda.

Un design fini?

Cudzik a affirmé à Studio 360 qu’il pensait que le design avait atteint un stade «auquel je ne pense pas qu’il soit possible d’apporter beaucoup de modifications». Mais peut-on jamais déclarer qu’un design est fini?

Une étude de 2007 s’intéressant à l’ergonomie de l’ouverture d’une canette (en utilisant l’analyse par éléments finis pour étudier la «déformation de la pulpe du doigt») a, par exemple, suggéré qu’un anneau plus grand réduirait l’inconfort. Et il y a toujours un Bricoleur tapi dans l’ombre pour sortir un nouveau système.

Ainsi, un Canadien, qui officie en tant que chargé d’entretien sur un parcours de golf, cherche actuellement à faire connaître son nouveau système «intelligent», qui règle le problème de l’ergonomie avec un anneau légèrement incurvé vers le haut. En outre, l’anneau peut pivoter pour couvrir l’ouverture (et protéger la boisson des abeilles, par exemple).

Est-ce que cela va marcher? Qui sait? Après tout, le design sert sans doute autant à éliminer les défauts qu’à nous faire remarquer les choses que nous ne pensions pas être des problèmes avant de réussir à nous en passer.

Tom Vanderbilt

Slate

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